Alima Kambou Lompo : comprendre et transformer les inégalités de genre

Alima Kambou Lompo : comprendre et transformer les inégalités de genre

Une enfance qui ouvre les yeux

Je m’appelle Alima KAMBOU LOMPO, experte en Genre & Inclusion sociale, avec plus d’une dizaine d’années d’expérience dans l’accompagnement de projets et de programmes, ainsi que des communautés rurales au Burkina Faso et en Guinée Conakry. Née à Ouagadougou dans une famille polygame, je découvre très jeune une réalité simple mais injuste : les filles et les garçons n’ont pas les mêmes chances. Ces observations m’ont conduite vers la sociologie, à l’Université de Ouagadougou, pour comprendre comment fonctionne notre société et comment la faire changer. Ce constat d’enfance devient ma boussole.

Les inégalités de genre, une réalité tenace

Dix ans au cœur du genre et de l’inclusion m’ont appris une chose : les inégalités de genre ne sont pas abstraites, elles s’installent dans le quotidien. Dans les foyers, les femmes travaillent, produisent, contribuent, mais sans pouvoir décider. Leurs revenus sont absorbés par la famille, leur apport économique réduit au silence par une norme. À cela s’ajoutent une charge domestique écrasante et un faible niveau d’instruction qui érodent leur confiance en elles. Ces normes sont si profondément ancrées que les femmes elles-mêmes les transmettent parfois, parce qu’elles les ont intériorisées sans le savoir. Dans les organisations, les politiques de genre existent sur le papier, mais les pesanteurs socioculturelles reproduisent les mêmes schémas. Face au changement climatique, les femmes subissent de plein fouet les sécheresses, les mauvaises récoltes et l’allongement des corvées d’eau et de bois, alors même qu’elles n’ont accès ni à la terre ni aux ressources qu’elles font pourtant vivre. Ces inégalités pèsent aussi sur les hommes : piégés dans un rôle de pourvoyeur intenable, ceux qui osent adopter une masculinité positive s’exposent souvent à la stigmatisation de leur propre communauté.

Transformer les normes avec toute la communauté

Accompagner le changement sur le terrain exige d’abord une chose : prendre conscience de ses propres biais. Nous sommes tous porteurs de normes de genre, moi y compris. C’est cette lucidité sur soi-même qui permet de mieux accompagner les autres, et de reconnaître que ceux/celles qu’on accompagne ont eux/elles aussi un savoir. D’une manière ou d’une autre, nous militons tous et toutes pour l’égalité de genre, pour nos enfants, nos sœurs, nos frères, nos mères. Le problème, c’est que nous ne le savons pas encore.

Je me souviens d’un père rencontré lors d’une séance de sensibilisation sur la scolarisation des filles. Cet homme voulait voir sa fille devenir cadre de l’administration burkinabè. Il souhaitait pour elle ce que sa propre épouse n’avait pas eu. Pourtant, dans le même souffle, il admettait mal que sa femme soit économiquement autonome. Non par indifférence, mais parce que cette autonomie-là menaçait son autorité. Il voulait une fille libre et accomplie, mais une épouse dépendante. Cette contradiction, je l’ai rencontrée des centaines de fois. Elle dit tout de la complexité du changement : le désir d’un avenir meilleur existe, mais les normes résistent, profondément enfouies, même chez ceux/celles qui veulent le changement. Le problème se pose surtout quand tout est ramené à la vie conjugale, aux rapports de pouvoir entre conjoints. C’est là qu’elles résistent le plus.

Sur le terrain, j’ai appris à partir de là ce que les gens portent vraiment, pour avancer ensemble. Chez Plan International, j’ai renforcé les capacités des équipes et des partenaires en matière de genre, plaidé pour la scolarisation des filles et contre le mariage précoce, et accompagné des groupes d’épargne villageois qui ont permis à des femmes exclues de toute décision économique de mobiliser des ressources et de gagner en autonomie.

Sur le projet PROSARE, dans 27 communes et 6 districts sanitaires de la région Est, j’ai travaillé sur l’accès à la planification familiale et à l’état civil : redonner à des milliers de femmes et d’enfants une existence juridique, c’était aussi leur redonner un levier pour faire valoir leurs droits.

Chez Trias Afrique de l’Ouest, les transformations prennent parfois des formes qui marquent durablement. L’Union Régionale des Jeunes Producteurs Agricoles en est un exemple parmi d’autres, car l’inclusion est au cœur de notre accompagnement des organisations partenaires. Cette union avait un bureau exécutif majoritairement composé d’adultes et d’hommes. Après l’institutionnalisation du genre en son sein, le bureau a été renouvelé : ses sept membres sont désormais de jeunes producteurs, dont cinq jeunes femmes, la présidente comprise. Plus largement, 30 organisations paysannes ont conduit leur autodiagnostic genre dans le cadre du projet GTM/PAFA-4R, 207 femmes participent aujourd’hui à des groupes d’épargne qu’elles gèrent elles-mêmes, et quatre projets externes sont accompagnés sur l’intégration du genre.

Ces avancées sont réelles. Mais les résistances persistent. Changer cela ne se décrète pas. Cela se construit collectivement, avec les femmes, les hommes, les jeunes filles et garçons et les leaders femmes et hommes, outillés, engagés, ensemble. C’est précisément l’objet de cette formation.

Continuer d’apprendre pour aller plus loin

Pour affiner mes outils et approfondir ma pratique, je poursuis actuellement le Certificat en genre et développement de l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. On n’a jamais fini d’apprendre, et chaque nouvel outil renforce mon action sur le terrain. Le chemin vers l’équité reste long. Mais je reste convaincue que la transformation des normes commence par une éducation et une formation sensibles au genre : chaque atelier animé, chaque femme ou homme accompagné, chaque idée reçue remise en question nous rapprochent un peu plus d’une société où chacune et chacun peut réaliser pleinement son potentiel.

Jul 15, 2026

Alima KAMBOU LOMPO

Experte en Genre & Inclusion sociale